PROPULSION NUCLEAIRE

Quand il est dit "un sous-marin nucléaire", c'est la propulsion qui est nucléaire, pas l'armement.

 

Principes
  • La première chose qu'il faut comprendre à propos d'un réacteur nucléaire de sous-marin est que son seul but consiste à produire de la chaleur à partir de la fission d'atomes d'uranium de façon à obtenir de la vapeur saturée. Tout le reste de la propulsion ressemble à n'importe quelle installation de turbines à vapeur. Il à l'avantage sur les chaufferies à mazout de disposer d'une grande quantité d'énergie concentrée dans le cœur, de se passer complètement d'air de combustion, et de part l'importance de sa puissance calorifique, d'être logé dans une plus petite place.
  • Les turbines de propulsion entraînent un grand ensemble d'engrenages appelé réducteur qui entraîne à son tour la ligne d'arbre et donc l'hélice. D'autres turbines plus petites produisent la puissance électrique pour les systèmes auxiliaires.
  • Un réacteur à eau pressurisée , ou réacteur de type PWR (Pressurized Water Reactor) fonctionne avec de l'eau à une pression d'environ 150 atm qui la fait rester liquide bien qu'elle soit chauffée à plus de 300°C. L'eau circulant autour du cœur du réacteur est transferée par le circuit primaire dans un générateur de vapeur où des échangeurs thermiques chauffent le circuit secondaire contenant de l'eau à plus faible pression qui est vaporisée. La vapeur générée alimente plusieurs turbines puis passe dans un condenseur ou elle redevient liquide pour retourner dans le générateur de vapeur. Ce circuit secondaire est isolé de l'eau du cœur du réacteur et n'est donc pas radioactif. Un troisième circuit provenant de l'exterieur de la coque est utilisé pour fournir une eau à basse température dans le condenseur.
    • La circulation de l'eau est assurée par des pompes électro-mécaniques. ces pompes constituent la principale source de bruit d'un sous-marin. Pour remédier à ce défaut, des réacteurs dits à circulation naturelle furent étudiés. Ils utilisaient la propriété thermodynamique de convection qui fait monter l'eau chaude et descendre l'eau froide, créant ainsi une circulation naturelle. Mais à l'époque, devant le manque de performance de ces réacteurs, seuls les Etats Unis avec l'USS Narwhal (SSN-671) eurent un sous-marin en service avec ce type de réacteur.
    • Cependant, la circulation naturelle, combinée à un fonctionnement réduit des pompes (augmentant ainsi la discretion acoustique), permet au réacteur de délivrer assez de puissance aux turbines de propulsion et ainsi maintenir une vitesse suffisante pour la navigation.
    • De plus, la circulation naturelle seule permet, en cas de panne des pompes, de maintenir le réacteur actif (plusieurs heures sont necessaire pour un redemarrage).
  • Un réacteur au métal liquide peut fonctionner avec du sodium, voire du bismuth. L'utilisation de métal liquide permet un meilleur transfert de chaleur et donc de plus grandes performances. L'inconvénient est que le métal doit rester liquide tout le temps sous peine d'endommager les tuyauteries et que la plus haute température de la vapeur corrode plus rapidement l'installation. Les Etats Unis avec l'USS Seawolf (SSN-575) experimentèrent un réacteur au sodium qui fut remplacé deux ans plus tard devant les problèmes rencontrés. Seule l'URSS mis en service des sous-marins propulsés par ce type de réacteur, les classes Alfa (tous retirés) et Mike (naufragé en 1989 mais pas à cause du réacteur).
    • La circulation de l'eau est assurée par des pompes électro-mécaniques. La circulation du métal liquide est assurée par des pompes électro-magnétiques. Ne comportant aucun organe mécanique, ce type de pompe ne fait pas de bruit mais nécessite une maintenance particulière.
  • Un autre principe de propulsion dit turbo-électrique est exploité. Le réacteur fournit uniquement de l' électricité, l'hélice étant entrainée par des moteurs éléctriques. Les Etats Unis l'ont éxpérimenté les premiers sur L'USS Glenard P. Lipscomb (SSN-685) mais abandonnèrent à cause de la faible vitesse obtenue.

    La Marine Nationale Francaise utilise ce principe sur la classe Rubis. La puissance délivrée par le réacteur est suffisante pour les performances demandées par cette classe des plus petits sous-marins à propulsion nucléaire du monde.

Construction
  • Un coeur de réacteur de sous-marin est constitué de plaques d'uranium montées en parallèle située au fond de la cuve. Le combustible utilisé est de l'uranium 235 hautement enrichi, probablement à 90 % ou plus. A titre indicatif , l'enrichissement du combustible utilisé dans un réacteur commercial est de 2 % à 5 % et celui des armes nucléaires de 98 %. Les barres de contrôle sont aussi en forme de plaque et constituées d'un absorbeur de neutrons. Elles sont insérées entre chaque plaques d'uranium et agissent sur le taux de fission. Normalement, leur mouvement est assuré par des moteurs éléctriques mais elles sont maintenues par des éléctro-aimants de facon à être abaissées automatiquement en cas de problème de fonctionnement du réacteur, étouffant ainsi la réaction nucléaire.
  • Le coeur et le générateur de vapeur sont montés dans un compartiment isolé du reste du sous-marin par une cloison de protection antiradiation. A chaque système est associé un système de secours plus une sécurité manuelle. Les normes de construction des marines occidentales ont des coefficients de sécurité pouvant aller jusqu'à 600 %. La sécurité, c'est aussi un bon agencement des équipements (Sur la classe Los Angeles, la soute à gas-oil du moteur diésel auxiliaire est placée entre le compartiment réacteur et la zone vie, augmentant la protection de l'équipage) et des mesures draconiennes (Dans l'US Navy, un membre d'équipage est en permanence devant le tableau de contrôle, même quand un sous-marin est à quai et réacteur éteint).
Utilisation
  • Pour faire démarrer le réacteur, les membres de l'équipe propulsion font lever les barres de contrôle à une hauteur donnée. Cette opération permet au coeur de dégager de la chaleur qui se mettra à produire de la vapeur dans le générateur de vapeur. Les turbines sont prêtes à tourner, ainsi que le réducteur. Une idée répandue veut que la vitesse du sous-marin soit augmentée en levant seulement les barres de contrôle. En fait, les barres sont simplement levées à une hauteur fixe et maintenues à cette hauteur. Le principal objectif de l'équipe propulsion est d'amener le réacteur en équilibre, de manière à rendre constante la quantité de chaleur délivrée au circuit primaire. On peut alors régler la vitesse en tirant simplement plus de vapeur du générateur, augmentant ainsi le flux de vapeur injectée dans les turbines. Cela augmente par conséquent la réfrigération du circuit primaire, et donc le rendement de la réaction nucléaire, et donc la quantité de vapeur, et donc la vitesse du sous marin.
  • A quai, l'énergie nécessaire au démarrage du réacteur vient de l'exterieur. En mer, l'énergie est fournie par des moto-alternateurs alimentés par la batterie. Si celle-ci est vide, le courant est alors fourni par l'intermédiaire du moteur diésel auxiliaire (eh oui, même avec réacteur nucléaire) situé dans le compartiment des auxiliaires.